Publié le 2 février 2022

Numérique éducatif : garantir une égalité d’accès aux droits des familles

La France services La Poste de Mirambeau (17) expérimente un nouveau service : l'accompagnement des familles "éloignées de l'école" dans l'usage des télé-services de l’Éducation nationale pour suivre la scolarité de leur(s) enfant(s). Éclairage d’Annick Baillou, directrice académique des services de l’Éducation Nationale en Charente-Maritime et de Sébastien Gouleau, délégué de région académique au numérique éducatif.

Sébastien GouleauDélégué de région académique au numérique éducatif
Annick BaillouDirectrice académique des services de l’Education Nationale en Charente-Maritime
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Quels sont les enjeux de cette expérimentation pour l’Éducation nationale et pour les familles ?

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Sébastien Gouleau : Enseigner et apprendre au XXIème siècle, c’est enseigner et apprendre avec le numérique. L’Ecole ne peut faire l’impasse sur le numérique. De plus en plus de services sont dématérialisés comme l’inscription aux examens, l’accès au livret scolaire, l’inscription au collège ou au lycée, le paiement de la cantine, les demandes de bourse… Or, l’école à la maison a posé la question de la fracture numérique. Car beaucoup de familles sont sans matériel et sans connexion, donc dans l’impossibilité de proposer à leurs enfants de suivre un enseignement à distance. Équiper et connecter sont deux conditions nécessaires mais non suffisantes. Nous devons aussi accompagner les familles dans l’usage.

Annick Baillou : Le suivi de la scolarité et l'accès aux droits sont de véritables enjeux pour l’Éducation nationale, car ils contribuent à la réussite et à l'ambition scolaire. Par ailleurs, l’accessibilité aux services publics est un enjeu d’égalité et de cohésion sociale sur le territoire. Cette expérimentation s’inscrit pleinement dans ces objectifs. L’un des axes de notre action au sein du département, comme au sein de l’académie pour contribuer à cette égalité des chances est le travail de coéducation avec les familles.

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Quel constat posez-vous quant à l’utilisation des téléservices de l’Éducation Nationale en Charente-Maritime ?

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Annick Baillou : De façon générale, les familles utilisent les environnements numériques de travail qui intègrent des outils de vie scolaire comme Pronote et autres, pour communiquer avec l'établissement de leur(s) enfant(s). Mais on constate que des familles ne font pas certaines démarches depuis qu’elles sont dématérialisées. Par exemple, il peut arriver qu'un élève renonce à une formation dans un établissement éloigné du domicile, car le jeune devra être interne et la famille pense ne pas avoir les moyens de financer, alors même que ce dernier pourrait bénéficier d'une bourse. Au niveau départemental, on observe un décalage entre le nombre d'élèves potentiellement boursiers (qui entrent dans les critères) et le nombre effectif de dossiers de demande de bourse.

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Comment cet accompagnement se caractérise-t-il dans la France services ?

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Sébastien Gouleau : À travers ces espaces France services, nous cherchons à répondre aux familles sur des temps hors scolaire dans des lieux autres que ceux de l’Éducation nationale avec des horaires adaptés aux contraintes des familles. Comme les agents des écoles et établissements scolaires, les agents France services, qui sont des agents de La Poste, sont formés pour apporter des réponses adaptées à chaque situation : information de premier niveau, accompagnement au numérique, aide aux démarches en ligne et parfois, prestations de conseils pour la résolution des cas complexes, en lien avec le collège le plus proche de la France services.

Annick Baillou : En effet, si l'agent n'est pas en mesure de répondre à une problématique, comme une question très technique nécessitant une certaine expertise, alors soit il orientera le parent vers les personnes ou les organismes ressources (CIO, établissements scolaires, missions locales...), soit il prendra contact avec le référent du collège. Il est également envisagé de former des personnes aux usages du numérique, afin de les rendre autonomes face aux outils avec certifications de compétences numériques, en partenariat avec La Poste.

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Avec qui travaillez-vous pour conduire ce projet en Charente-Maritime ?

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Annick Baillou : La Poste, qui abrite la France services à Mirambeau, a proposé cette expérimentation à la rectrice de région académique Nouvelle-Aquitaine. C’est un partenaire privilégié. Le Département - chef de file sur l’inclusion numérique -, met à disposition l’un de ses conseillers numériques pour animer des ateliers numériques à la médiathèque avec le concours de la mairie, autre partenaire précieux. Nous travaillons également avec la mairie, qui fédère toutes les parties prenantes locales, notamment les 19 mairies de son bassin de vie. Nous collaborons avec la préfecture, puisqu’elle est pilote de la démarche France services. Le principal du collège Didier Daurat est, quant à lui, le référent local Éducation nationale pour les agents d’accueil de la France services et co-organise, avec La Ligue de l’Enseignement, des ateliers sur la citoyenneté numérique pour les parents et les élèves au sein de son collège. Enfin, une réflexion est engagée avec la CAF pour un accompagnement des parents via ses ateliers parentalité.

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Quels sont selon vous les critères de réussite de cette expérimentation ?

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Sébastien Gouleau : Ce sont les mêmes que pour le dispositif France services, à savoir accompagner le maximum de citoyens dans ses démarches administratives avec un focus particulier sur la scolarité des enfants. Bien que les premiers chiffres soient encourageants, nous remarquons, à l’heure actuelle, que peu de familles ont identifié ces espaces comme des lieux d’informations sur la scolarité des enfants. Pour renforcer le dispositif, nous allons devoir communiquer de manière plus ciblée auprès des familles, et en fonction des temps forts du calendrier scolaire pour les démarches en ligne des parents (demandes de bourse en juin, stage 3ème en entreprise en septembre, vœux d’orientation du lycée en janvier et mai pour les 3 ème…).

Trois départements pilotes en Nouvelle-Aquitaine

L’expérimentation, qui s’étend sur l’année scolaire 2021-2022, fait suite au partenariat national signé entre La Poste et l’Éducation Nationale en 2020 sur la continuité pédagogique des élèves en déconnexion numérique pendant le premier confinement, ainsi qu’aux États Généraux du Numérique Éducative. Trois départements pilotes sont concernés : la Charente-Maritime, le Lot-et-Garonne et la Creuse. Les trois France Services postales test sont localisées dans des territoires remarquables : celle de Mirambeau (17), en zone de revitalisation rurale avec bassin de vie élargi, celle d’Agen Léon Blum (47), dans un quartier prioritaire politique de la ville. Enfin, celle de Bénévent l’Abbaye (23), dans une commune rurale très peu dense.