Philaposte : 20 ans d'innovation, d'excellence et de tradition
Entretien avec Paul Dworkin, directeur général de Philaposte
Philaposte fête ses 20 ans cette année. Quelles sont les grandes étapes qui ont marqué son développement ?
Notre patrimoine, ce sont aussi nos compétences. Philaposte a 20 ans, mais les activités qui la composent ont une histoire bien plus ancienne. L'imprimerie de Boulazac, en Dordogne, a été installée au début des années 1970, à une époque où la philatélie connaissait un véritable essor. La création de Philaposte, en 2006, a permis de regrouper plusieurs services autour d'une même organisation, notamment le Service national des timbres-poste (SNTP) et l'imprimerie.
Nous travaillons aussi avec de nouveaux marchés en Asie, comme Macao et Taïwan. C'est une évolution importante dans l'histoire de Philaposte.
Au cours des vingt dernières années, nous avons continué à développer le programme philatélique français, avec aujourd'hui une cinquantaine d'émissions par an. Mais nous avons aussi anticipé l'évolution des usages du courrier et la baisse des volumes de timbres. Notre parc industriel et nos savoir-faire nous ont permis de développer d'autres activités, notamment dans l'impression sécurisée.
Cette diversification s'est également construite à l'international. Nous produisons des timbres pour plusieurs offices postaux étrangers, notamment Japan Post, avec lequel nous avons développé une relation très forte.
Quelles sont aujourd'hui vos missions et qu'est-ce qui fait sa singularité au sein du Groupe La Poste ?
Une entreprise industrielle, bien au-delà du timbre. Notre singularité, c'est d'abord de réunir plusieurs dimensions : la création et la production des timbres de La Poste, la commercialisation de produits philatéliques, mais aussi une activité industrielle d'impression sécurisée qui s'est fortement développée ces dernières années.
Nous produisons notamment des fonds de passeport, des visas, des documents d'état civil, des timbres fiscaux et des solutions de traçabilité pour des produits qui nécessitent une sécurité particulière. Aujourd'hui, plus d'un objet sur deux qui sort de notre imprimerie est destiné à des clients externes. C'est une illustration concrète de notre diversification.
Nous sommes donc à la croisée de plusieurs univers : l'art et l'artisanat autour du timbre, avec les artistes et les graveurs, et des technologies industrielles très pointues pour l'impression sécurisée.
Cette évolution s'appuie sur un savoir-faire historique dans l'impression sécurisée. La taille-douce, par exemple, est une technique très difficile à reproduire. Nous travaillons également avec des partenaires sur des encres et des matières premières spécifiques.
Parmi les réalisations de ces vingt dernières années, quelles sont celles dont vous êtes le plus fier ? Et comment Philaposte parvient-elle à préserver ses savoir-faire tout en innovant ?
Faire du timbre un objet toujours plus étonnant. Ce qui me rend fier, c'est d'abord la qualité de nos productions philatéliques. Lorsque nous présentons nos nouveautés à des offices postaux étrangers, nous constatons régulièrement leur surprise devant la diversité de nos thèmes et la qualité de nos réalisations.
Nous avons développé des timbres aux formes différentes, avec des senteurs, des effets d'embossage ou des innovations numériques. Nous avons notamment lancé des timbres NFT, qui associent un timbre physique à son jumeau numérique, et des timbres augmentés, qui permettent d'accéder à des contenus complémentaires. Le timbre Churchill, par exemple, offre la possibilité d'accéder à des informations sur son histoire. C'est une manière de faire de ce petit objet un support de découverte et de connaissance.
Former les nouvelles générations, c'est donc essentiel pour l'avenir de Philaposte, mais aussi pour maintenir une activité industrielle et des emplois sur le territoire.
Nous sommes aussi fiers de notre capacité à nous diversifier et à conquérir des marchés très concurrentiels. Mais je crois que notre plus grande fierté reste la préservation des compétences. Notre patrimoine, ce sont aussi les philapostières et les philapostiers. Nous avons notamment créé, avec le Centre de Formations des Apprentis de l’Industrie de Périgueux, une formation d'imprimeur pour transmettre ces savoir-faire aux jeunes. Un expert de la taille-douce met plusieurs années à devenir autonome.
L'émission des 20 ans met notamment à l'honneur le dernier timbre gravé avec la mention historique ITVF. Pourquoi était-il important de marquer ce passage de témoin ?
Un passage de témoin entre deux histoires. Nous avons choisi de reprendre le timbre consacré à la grotte de Rouffignac, qui portait la dernière mention pour le rééditer avec la mention Philaposte. Cette mention fait partie de notre patrimoine. La remplacer par Philaposte, c'est symboliser le passage de l'ancienne organisation à celle que nous connaissons aujourd'hui.
C'est aussi une manière de rappeler que, derrière cette nouvelle dénomination, il y a une continuité : celle des métiers, des compétences et de l'excellence industrielle. Nous voulons continuer à faire vivre cette histoire tout en étant capables d'innover et de nous adapter.


