Publié le 5 septembre 2022

Portrait de Fatima Toubal, factrice en Isère et postière de l'année

Découvrez le portrait de Fatima Toubal, factrice en Isère et postière de l'année

C’était un jour couvert de juin, en Isère, à une vingtaine de kilomètres au sud de Grenoble. Fatima terminait sa tournée de distribution du courrier sur les hauteurs du village de Nantes-en-Ratier et « redescendait de la montagne », selon son expression.

« Au détour d’un virage, j’ai aperçu une épaisse fumée noire sortir de la cheminée de la maison d’une de mes clientes. Je me suis tout de suite dit que cette fumée n’était pas normale ! » Alors, en repassant devant la maison en question, Fatima décide de s’arrêter. Elle sonne à la porte, appelle la propriétaire qui ne lui répond pas, puis décide d’entrer. Bernadette, une dame de 76 ans qui vit seule, ne l’avait pas entendue.

« Dès que je suis rentrée, j’ai senti une très forte odeur de brûlé. Je connais bien cette dame et je sais que l’après-midi elle a l’habitude de se reposer dans sa chambre. » Comme Bernadette ne répond toujours pas, Fatima grimpe à l’étage où l’odeur est devenue intenable. Elle trouve Bernadette dans la chambre. Celle-ci était consciente mais n’avait encore rien remarqué… Immédiatement, elle l’encourage à sortir avec elle. Le conduit de la cheminée avait pris feu. Appelés par la factrice, les pompiers arrivent sur les lieux une demi-heure plus tard. Mais l’étage est déjà en flammes.

« Quand j’y repense, conclut notre factrice, je me dis que si je n’avais pas eu de courrier à distribuer au-dessus de chez elle, je n’aurais pas vu cette fumée noire… » À La Poste depuis vingt-cinq ans, et titulaire de sa tournée depuis six ans, Fatima connaît bien les habitants qu’elle côtoie tous les jours.

« C’est ce que j’apprécie vraiment dans mon métier, ce contact avec les personnes. Dans notre région en zone de montagne, composée de petits villages, beaucoup de personnes vivent seules et relativement isolées. Pour certaines d’entre elles, la livraison de leur journal – Le Dauphiné – constitue leur seul lien quotidien avec l’extérieur. Alors, quand elles ont du mal à se déplacer jusqu’à leur boîte aux lettres, je le leur apporte jusqu’à leur maison, ce qui me permet d’échanger quelques mots avec elles. »

Quatre jours par semaine, Fatima parcourt les 90  kilomètres de sa tournée en sillonnant les routes en lacet au volant de son 4 X 4 : « C’est tellement beau que souvent je prends des photos des paysages… » Sa journée de factrice terminée, cette mère de trois enfants retrouve son fils de 13 ans, Jalil – les deux grands poursuivent déjà leurs études supérieures –, et une deuxième journée commence. Celle des devoirs et de la vie de famille. Un emploi du temps bien rempli, mais Fatima assure, avec beaucoup d’énergie et de bonne humeur. Depuis l’incendie, Fatima a reçu des petits mots de la famille de Bernadette. « Merci d’avoir sauvé notre grand-mère », lui ont écrit ses petits-enfants